
Nous attendions avec impatience ce dimanche 23 décembre où, après six mois, nous allions retrouver Astrid au Cambodge. Après un interminable voyage aérien via Kuala Lumpur, nous atterrissons à Phnom Penh à 10 heures. Astrid arrivant une heure plus tard de Vientiane, nous décidons de l’attendre, à l’extérieur de l’aéroport. Premier contact avec les enfants et la foule, premier contact avec une chaleur tropicale lourde et humide. L’avion de Vientiane est enfin annoncé et j’attends avec fébrilité derrière une barrière l’arrivée de notre routarde. Un peu d’attente, Astrid n’est jamais pressée, et enfin la voilà, souriante, encombrée d’un invraisemblable barda dont nous apprendrons très vite qu’elle compte sur nous pour le ramener en France.
Ces instants sont précieux et j’avoue avoir eu la larme à l’œil en voyant fille et mère s’étreindre longuement.
Ensuite nous trouvons un taxi dont la suspension remonte sans doute à l’indépendance et nous nous dirigeons vers notre petit hôtel situé derrière le palais royal. Les motos sont innombrables et les Cambodgiens réussissent à y tenir souvent à 4. La circulation est anarchique et le code de la route indicatif. Seul le klaxon semble avoir un peu d’efficacité. Astrid s’amuse de notre inquiétude et nous dit que ce n’est rien par rapport à la circulation chinoise…j’en frémis encore !
L’hôtel est un miracle de paix et de verdure, mais nous en profitons peu car, dès le lendemain, nous embarquons sur le Toum Tiou en direction de Siem Reap et Angkor.
Le Toum Tiou est un bateau construit à l’ancienne, tout en bois. Son faible tirant d’eau permet l’accès aux plus petits villages ce dont nous ne nous priverons pas. Décoré avec le goût d’une époque révolue, il est doté de 10 coquettes cabines doubles avec salle d’eau privative, d’un grand salon, d’un espace panoramique à l’avant, d’un bar-restaurant à demi couvert à l’arrière et d’une terrasse sur le toit. Air conditionné, hi-fi et bibliothèque ne sont pas oubliés.
Le Toum Tiou porte le nom d’un conte Khmer traditionnel, équivalent Cambodgien de Roméo et Juliette, Toum étant le garçon et Tiou, la jeune fille.
Cette belle histoire d’amour tragique met en scène la mère de Tiou, femme ambitieuse qui souhaite marier sa fille avec le roi; Toum, amoureux pauvre et maladroit; le roi, bon et compréhensif qui renonce finalement au mariage pour le bonheur de Tiou et une fin tragique ou un coup monté de la mère et du gouverneur entraîne la mort des deux amants, l’un des deux se suicidant pour suivre l’autre.
Ce conte est enseigné à l’école et au lycée, beaucoup de chansons et de morceaux de musique traditionnelle mettent en scènes les deux amants malheureux.
Nous nous installons rapidement dans deux cabines mitoyennes et nous nous apprêtons à faire un fabuleux voyage qui restera longtemps dans nos souvenirs.
On nous explique d’abord que, d’après la légende khmère, l’origine de la capitale du Cambodge remonterait à une femme appelée Penh. Vers 1370, au cours d’une grande inondation, elle recueillit une statue figurant quatre représentations du Bouddha, enfermée dans un arbre, flottant au gré du courant. Elle érigea au sommet de la colline qui porte le nom de Phnom une petite pagode pour abriter la statue. Les pèlerins affluèrent, une agglomération naquit, crût et prit le nom de Phnom Penh ou la « Montagne de la Dame ».
La ville est située au confluent des quatre bras, le Mékong, la rivière Tonlé Sap que nous remonterons, le Mékong antérieur et le Bassac.
Des nuées de bonzes en robe safran déambulent ou méditent le long du fleuve. Les familles aussi se promènent sur les quais, tandis que d’innombrables petits marchands ambulants proposent fruits exotiques, rafraîchissements, graines de litchis, sauterelles grillées ou oiseaux porte bonheur.
Notre première étape nous conduit à Koh Chen - Ou Dong
Le village de Kô Chen (l’île chinoise), est un petit village dont les habitants se sont spécialisés dans le travail de l’argent et du cuivre et où sont façonnés les objets d’ornements utilisés pendant les cérémonies traditionnelles à la pagode ou pendant les mariages.
On distingue au loin les collines d’Oudong et les Stupas royaux distants de quelques kilomètres du bac.
Des kilomètres et kilomètres de rizières, semées de palmiers à sucre – un véritable symbole national, s’étendent autour de la colline.
Au sommet, les ruines du temple d’Anthareu dont la légende est politiquement très orientée : une critique des rois qui protègent les Chinois sans réfléchir à l'intérêt des Cambodgiens.
Le temple fut construit par des Chinois (son entrée principale donne sur le Nord), en rappel d'une vieille légende : un de leurs empereurs était très malade. Ses astrologues lui dirent que la cause de sa maladie se trouvait au Cambodge, à Athareu, et qu'il convenait de déjouer le sortilège. Ce qui fut fait et l'empereur guérit.
Ce temple est aujourd’hui en très mauvais état après avoir subi de nombreuses attaques, tant de la part des Khmers rouges que des troupes gouvernementales. On reconstruit aujourd’hui un gigantesque Bouddha doré, mais il y a encore beaucoup de travail à faire pour lui redonner son lustre d’antan.
Nous remontons ensuite le fleuve jusqu’à Kampong Tralach où nous visitons une belle pagode située au milieu des rizières et à laquelle nous accédons au moyen de chars tirés par deux bœufs blancs, ce qui nous donne un curieux sentiment de rois fainéants et en tout cas réjouit beaucoup la population du village.
Le Vihara de la pagode date du début du siècle dernier et fut probablement construit sur un site plus ancien comme le laissent à penser les fondations de latérite. Il conserve de magnifiques peintures murales mais qui commencent à souffrir des assauts du temps, c’est une des dernières survivantes d’un massacre culturel qui continue de se perpétrer dans l’indifférence de tous.
Notre guide nous indique que son isolement finira par lui être fatal comme ce fut le cas en mai dernier pour la Pagode Wat Tani dans la province de Kampot.
Le bateau s’arrête un peu plus loin et nous passons un bien curieux mais attachant réveillon de Noêl bercé par le bruit des crapauds buffles et autres habitants des berges du fleuve.
Dès six heures le lendemain matin, nous mettons le cap sur Kampong Chnang qui est l’un des plus grands ports de pêche sur le Tonlé Sap. La région est aussi célèbre pour sa poterie artisanale et le sucre et le vin de palme. Tout se passe sous les maisons particulières des habitants, les poteries sont réalisées en famille, en « tournant autour du pot » placé sur un billot de bois et que l’on travaille à l’aide d’un petit battoir en bois. Nous visitons une poterie artisanale et une ferme où un paysan produit du vin de palme. Nous goutons…en fait ce n’est pas mauvais, même si Charlie, l’américain de notre petit groupe, se dépêche de boire une rasade de Whisky pour se rincer la bouche.
Passé l’embouchure du Tonlé Sap, le village flottant de Kompong Luong se trouve à 30 km dans le lac sur la rive sud-ouest. C’est une véritable ville flottante regroupant une très forte population de pêcheurs vietnamiens.
Presque jamais visité par de touristes car très éloigné de la route et difficile d’accès, le village vit en complète autarcie. École flottante, usines à glace pour conserver le poisson, église, pagode, station services, porcherie, magasins, réparateur de bateaux ou de téléviseur, vidéo club, bar karaoke, commissariat... tout est flottant. Tous les corps de métiers sont représentés et tout le monde, des enfants jusqu’aux grands parents, évolue en bateau à travers le réseau de canaux qui sillonnent cette petite ville.
Nous sommes invités par une habitante à prendre un rafraichissement chez elle. Tous les enfants se précipitent et nous regardent de leurs grands yeux curieux. Tous sourient. Le coucher de soleil est éblouissant…un grand moment.
Nous passons la nuit à proximité et au petit jour nous nous dirigeons vers Siem Reap (Angkor).
Aux pieds de la colline Phnom Krom, aux abords d’Angkor Vat, le Toum Tiou mouille dans la forêt inondée. Un autre village flottant, celui de Chnok Knie, plus misérable encore. Entre odeur pestilentielle et chemin exécrable, le sourire des enfants reste intact, une petite fille en particulier s’approche du bateau dans un fragile esquif qui se révèle être une petite bassine...
Un taxi nous amène à notre hôtel et nous traversons la ville de Siem Reap qui nous apparaît comme incroyablement active et marchande. La circulation est tout aussi anarchique qu’à Phnom Penh, partout des hôtels se construisent, les rues au style colonial convergent vers un petit et vieux marché extraordinairement animé, à toute heure du jour et même de la nuit.
Siem Reap n’a qu’un seul objectif : l’accueil des touristes. Guest-houses, bars coloniaux, restaurants de charme, gargotes populaires, boutiques de souvenirs ou de soie, galeries d’art et salons de massage font florès avec plus ou moins de bonheur.
Angkor Vat
Dès le lendemain nous nous dirigeons vers les temples d’Angkor. Astrid négocie avec âpreté les services d’un touk touk pour 3 jours, 45 dollars, pas mal. A ce stade il faut vous dire ce que sont les touks touks. Véritables institutions, ce sont en fait de petits taxis composés d’une charrette où deux banquettes sont installées en vis-à-vis, laquelle charrette est tirée par une petite moto. Le conducteur doit faire preuve d’un culot à toute épreuve, d’une totale inconscience et d’un klaxon en bon état pour se lancer à toute allure dans une circulation dont vous savez maintenant qu’en comparaison la traversée de la place de l’Etoile à 6 heures du soir est une aimable plaisanterie…
Nous reviendrons un peu plus tard sur le séjour à Angkor et à Phnom Penh qui vont se révéler plein d’imprévus, mais surtout d’enchantements multiples.
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