
Samedi 6 octobre 6h15 du matin, depart pour la gare routiere de Sundhara ou je dois prendre un bus pour la ville de Sonauli, a vol d'oiseau sans doute pas a plus d'une centaine de kilometres de KTM mais par la route, la seule en bon etat, on fait un leger detour vers l'ouest en direction de Pokhara, soit au total 9 heures de bus!
C'est la 2eme fois que je modifie mon itineraire pour me rendre en Inde. J'avais initialement prevu de franchir la frontiere la plus a l'est, a Kakarbhitta, pour arriver directement au Bengale Occidental a Darjeeling. Mais apres consultation de plusieurs agences de voyage et de l'ambassade de France, il m'a ete fortement deconseille d'emprunter la route pour me rendre a Kakarbhitta, route qui traverse tout le Terai de l'est, region en ce moment fortement agitee dans un contexte social et politique Nepalais difficile que je vais tacher de vous resumer rapidement, avec sans doute beaucoup d'approximations je m'en excuse d'avance mais la situation est tres complexe et ce que je vous livre ici n'est que la synthese de ce que j'ai pu lire dans la presse locale ces 3 dernieres semaines, entendre des Nepalais avec qui j'ai discute et glane de ci de la sur internet!
Depuis les evenements d'il y a 2 ans qui ont mene les Nepalais dans les rues pour manifester contre le roi en place, son immobilisme et son incapacite a ameliorer les conditions de vie de son peuple et garantir sa securite, a ete mis en place un gouvernement provisoire constitue d'une coalition des 7 plus grands partis (le systeme politique est tres fragmente, il y en a de nombreux autres notamment des sous-branches des grands partis existants et aussi beaucoup de petits partis representant des minorites ethniques). Pour la premiere fois depuis le debut des hostilites armees par les maoistes dans les annees 1990, ces derniers ont accepte de "deposer les armes" et de prendre part a la coalition au gouvernement. Il etait entendu que ce gouvernement n'etait que provisoire et qu'une nouvelle constitution devait etre etablie pour le Nepal, ce qui allait de toute evidence mener a la fin de la monarchie. Pour ce faire, des elections devaient permettre d'elire une assemblee constituante qui allait travailler a l'etablissement de cette nouvelle constitution. Initialement prevues pour juin dernier, ces elections avaient une 1ere fois ete annulees et reportees au 22 Novembre prochain et elles viennent malheureusement d'etre a nouveau annulees sans date de report pour l'instant, vendredi dernier!
La raison en est la suivante : les Maoistes avaient deja quitte la coalition au gouvernement il y a quelques semaines, faute d'avoir trouve un accord sur une liste d'une vingtaine de revendications qu'ils avaient emises, parmi lesquelles notamment celle d'avoir un scrutin entierement a la proportionnelle, ce a quoi le 1er ministre a repondu que la constitution actuelle ne permettait pas de changer le mode de scrutin (mixte apparemment). Une 2eme revendication plus recente des Maoistes : la dissolution immediate de la monarchie et la mise en place d'une Republique prealablement aux elections.
Depuis leur sortie du gouvernement, les Maoistes menacaient de faire annuler les elections et ils sont finalement parvenus a leurs fins. Ce qui est vraiment fort dommageable pour l'instauration d'une vraie democratie dans le pays et fait sans doute aussi le jeu du roi, le maintenant ainsi sur son trone pour quelques semaines, voire mois. Et pendant ce temps la le mecontentement gronde de plus en plus fort parmi les Nepalais qui en ont marre de la corruption, marre de ne pas pouvoir decider eux-meme de leur sort, marre que malgre d'incroyables richesses naturelles et notamment de nombreuses rivieres, ils soient regulierement prives d'electricite (chaque semaine 2h de coupures programmees le mercredi et le jeudi a KTM de 18h a 20h sans compter les coupures inopinees!), marre de la violence et de l'insecurite (l'assassinat d'un leader politique anti-maoiste, suivi d'emeutes sanglantes dans le Terai il y a 3 jours), marre de la baisse de leurs revenus, deja faibles, issus du tourisme, les etrangers craignant de venir au Nepal par peur de l'instabilite politique....
Voila tres grossierement resume la situation dans le pays. Le Terai est notamment une region beaucoup plus instable et touchee par de frequentes greves et manifestations. Il heberge aussi beaucoup de groupes Maoistes dissidents qui n'ont que faire des directives du centre et seme regulirement la zizanie dans le Terai quand ce n'est pas plus grave.
Voila donc pourquoi j'ai modifie une premiere fois mon itineraire et decide de ne pas passer par l'est mais par le centre a Birganj (cote Nepalais) pour aller ensuite prendre un train pour Kolkata a Raxaul dans le Bihar Indien. Je devais donc partir en bus local vendredi dernier pour Birganj. Mais vendredi dernier en arrivant a la gare routiere de KTM a 7h, encombree de mes au moins 20 kg de bagages, j'ai eu la desagreable surprise d'apprendre que mon bus etait annule pour cause de greves dans le Terai! Retour dans Thamel et la il m'a fallu la matinee pour trouver une nouvelle chambre pas trop chere, la guest house que j'occupais precedemment etant desormais full, retourner a l'agence pour me faire rembourser les billets de bus (et de train Indien que j'avais egalement pris avec eux en avance mais dont je n'ai ete remboursee que de 50%!) et trouver une autre solution pour me rendre en Inde. Pas de vol avant au moins 2/3 jours pour Kolkata et de toute facon le prix n'est pas dans mon budget! Il ne reste que l'option bus (tourist bus cette fois) pour franchir la frontiere a Bhairawa/Sunauli (le passage le plus a l'ouest qu'empruntent generalement ceux qui se rendent a Varanasi ou Dehli) puis bus pour Gorakhpur d'ou je pourrai prendre un train pour Kolkata. Je decide cette fois de ne pas prendre le billet de train, je verrai une fois que je serai a Gorakhpur!
Le samedi matin, tout se presente plutot bien, le bus est tres confortable avec Air conditionne sauf qu'ayant eu la derniere place, je me retrouve au fond du bus a la seule place ou l'AC ne souffle pas et place ou l'on subit le plus les secousses de la route parce que bien sur cette derniere est aussi pleine de trous que celles que j'ai deja empruntees au Nepal!
Dans le bus, nous ne sommes que 4 touristes. Je suis assise a cote de Sanju, un Nepalais habitant le Texas depuis 17 ans, pilote (enfin c'est la profession qu'il m'annonce fierement mais j'apprendrai en discutant un peu plus qu'en fait il fait du commerce de gros et qu'il est en train de passer ses licences pour etre pilote!) Il voyage avec son pere jusqu'a Bhairawa ou ils ont une maison, qui a ete "requisitionnee" par les Maoistes et ils se rendent donc sur place pour tenter de recuperer leur bien!
Sanju est sympa mais il est tres bavard, au moins je n'ai pas vu passer les 9h de voyage mais l'inconvenient c'est que je n'ai pu ni profiter des paysages, ni dormir, Sanju me reveillant regulierement d'un coup de coude des que je commencais a somnoler pour encherir sur un nouveau sujet de conversation ou me montrer un paysage! Il m'offre le Thali dans le resto dans lequel on s'arrete pour dejeuner et de retour dans le bus, il s'inquiete de savoir que je vais arriver en Inde a la nuit tombee alors que je n'ai pas d'hotel reserve a Gorakphur. Il se met donc en quete d'autres Nepalais qui passent la frontiere et se rendent a Gorakhpur pour me "confier" a eux afin qu'ils m'escortent jusque la! Decidemment ce n'est pas le 1er a me dire de me mefier en Inde, je ne veux pas le vexer et lui dire que je peux me debrouiller seule mais je tente quand meme de demander aux 3 autres touristes du bus s'ils ne se rendent pas aussi a Gorakhpur et comment. Il y a Tessa, une americaine vivant a Hyderabad depuis qq mois et son copain Indien Kishur et Richard un Anglais parti depuis Londres il y a 1 mois et voyageant entierement par le rail et la route. Il se rend a Dehli pour enseigner l'anglais, le latin et le grec. Tous 3 se rendant a Gorakhpur pour prendre un train, nous decidons de partager une voiture apres le passage de la frontiere. Ainsi nous pourrons rejoindre Gorakhpur en 2h30 environ. Un pneu creve nous ralentit un tout petit peu a 10km de l'arrivee et nous descendons finalement du bus vers vers 16h30. On saute chacun dans un rickshaw qui nous amene juste a la frontiere. Le passage est etonnamment rapide et facile, contrairement a ce que l'on avait eu entre le Tibet et le Nepal. Un coup de tampon cote Nepalais et on passe tranquillement a pied sous l'arche qui nous accueille en Inde d'un "Welcome in India".
De l'autre cote, on sent tout de suite que l'on passe d'un pays a 25 millions d'habitants a un pays a plus d'1 milliard : ca grouille de partout : dans la rue c'est un enchevetrement de camions de voitures de motos, rickshwas, bicyclettes et pietons.... tel point que l'on ne voit pas le poste de controle Indien et en l'absence de barriere militaire on aurait vraiment pu passer a cote si un Indien ne nous l'avait pas indique de l'autre cote de la rue! La encore c'est super rapide, on remplit un petit formulaire, un coup de tampon sur le passeport et hop! Les rabatteurs sont deja la a l'affut et nous harcele de propositions pour nous rendre a Gorakhpur a des prix tres eleves. Heureusement, Kishur negocie une voiture pour nous 4 a 250 roupies indiennes chacun soit 5 euros. Il faut ruser pour eviter les intermediaires et s'assurer que l'on negocie bien directement avec le conducteur pour eviter de payer la commission du rabbateur. On a beau faire gaffe, et j'ai insiste pour que notre interlocuteur nous conduise a sa voiture et que l'on finalise le deal devant, ce dernier est en fait un rabateur et notre conducteur, qui attendait paisiblement un peu a l'ecart et ne parle pas beaucoup l'anglais, lui tend son petit billet avant que nous demarrions!
Notre carosse est une Maruti, (marque d'un industriel Indien autorise au debut des annees 80 a produire des voitures sous franchise Suzuki) ce sont des voitures blanches ressemblant a de petits pots de yaourt (tous les taxis Nepalais sont des Maruti ; pour l'anecdote celui qui nous a emmenes au demarrage du trek d'Helambu est passe a un moment donne dans une grosse marre d'eau boueuse assez profonde et j'ai vu a ce moment de l'eau rentrer dans la voiture par le bas, j'ai a peine eu le temps de soulever les pieds et le sac! Si au premier abord la route semble etre bien meilleure qu'au Nepal, la conduite Indienne est elle, en revanche, beaucoup plus anarchique. Notre chauffeur semble s'etre fait greffer le klaxon dans la paume de la main. On ne s'entend meme plus a l'interieur de la voiture, il double tout ce qui se presente sur notre route sans se soucier de ce aui vient en face : un coup de klaxon et hop le Tata (marque de bus et camions omnipresente en Inde et au Nepal) qui fonce sur nous se decale vers la gauche parfois roule carrement sur le bas cote et on passe a 3!
A 17h30 il fait deja presque nuit ; les lumieres du crepuscule sont magnifiques sur la plaine Indienne, on assiste a un beau coucher de soleil. Il y a plein de gens au bord de la route, des pietons, des gens a velo, a moto, des conducteurs de petites chariotes tirees par des buffles ou des anes. Bien sur aucun d'eux n'est eclaire et je me demande bien par quel miracle notre Fangio arrive a les eviter. En fait ce sont plutot eux qui au son du klaxon n'ont que quelques secondes pour se decaler!!!
Puis tout a coup sans rien nous demander notre chauffeur s'arrete sur le bord de la route dans un espece de boui boui/restaurant eclaire a la lampe a huile. On a pas vraiment faim mais ne sachant pas quand sera le prochain repas on decide de casser une petite croute. On ne voit absolument rien de ce qui se presente sur l'etal devant nos yeux et je crois que cela vaut mieux! Prudente, je prends exactement la meme chose que Tessa, qui est deja en Inde depuis 6 mois : 2 samoussas, un oeuf dur, un chai et un espece de doughnut (c'est Tessa qui appelle ca un doughnout, moi je qualifierai plutot la chose de boule de pate enrobee de sucre et frite (et sans doute pas de toute premiere fraicheur!)
Nous arrivons a Gorakhpur un peu avant 20h et nious separons devant la gare. Mes 3 compagnons de voyage ont un train dans la soiree et vont manger un vrai repas avant d'embarquer. Quant a moi, je vais essayer de voir si je ne peux pas prendre un train pour Kolkata des ce soir. Je penetre dans la gare et je suis effaree par la densite des gens dans ce petit espace! La plupart s'installent pour la nuit sur des cartons, des feuilles de papier journal voire a meme le sol. Je fais la queue a un guichet pour savoir quand part le prochain train et j'apprends que pour ce soir il n'y a pas de train direct, je peux eventuellement faire un changement mais je mettrai environ 36h a arriver a Kolkata et voyagerai en General Class c.a.d sur un siege en bois! Le gars au comptoir me dit qu'il y a un train direct le lendemain a 11h, super, je veux lui acheter un billet mais non pas possible la vente de tickets c'est jusqu'a 20h seulement et ca reprend a 8h le lendemain mais la reservation de billets pour un train n'est ouverte que jusqu'a 4 heures avant le depart du train. Donc le gars me dit que je ne peux pas acheter de billet pour le train de 11h demain. Il me recommande de revenir a 0h30 pour savoir s'il reste de la place en couchette! Je reve, il est 20h qu'est-ce que je vais faire jusqu'a minuit?
Je decide de me trouver un hotel dans la quartier de la gare, je ressors et pour la premiere fois je fais vraiment attention a ce qui m'entoure : il y a dehors dans la petite cour devant la gare 2 fois plus de monde qu'a l'interieur, des familles entieres sur des bouts de cartons en train de manger et certains sont meme deja endormis. Une odeur acre d'urine me monte aux narines, des urinoirs en plein air juste a la sortie de la gare a cote de l'endroit ou attendent les rickshaws. Des stands de rue qui preparent a manger des beignets, thalis, rolls .... des jus de fruit fraichement presses, du chai bien sur... Il semble que toute la ville s'est donne RDV dehors pour manger!
De l'autre cote de la rue une rangee d'hotels qui ont tous l'air plus glauques les uns que les autres, sombres, bruyants avec une faune masculine qui traine, joue aux cartes, mange un morceau, regarde la TV dehors... Je tente a l'Elora hotel qui est indique dans le routard comme sortant du lot "grace a sa veranda et son personnel serviable". Ils ont des chambres libres pour entre 150 et 250 roupies la nuit. Je demande a voir les chambres et la j'ai comme un choc. Jusqu'ici j'ai toujours trouve des chambres pas cheres et clean, j'ai parfois dormi dans mon sac a viande mais je n'ai jamais eu reellement de haut le coeur ou de degout en rentrant dans une chambre. Les salles de bain et toilettes communs etaient egalement assez propres, pas le grand luxe mais pas a vous dissuader de vous doucher! Ici non seulement c'est plus cher que tout ce que j'ai eu auparavant et l'etat d'insalubrite des chambres me donne des hauts le coeur : murs sombres, humides et decrepis, eclairage neon blaffard, draps plus que douteux, mouchettes de taches sans doute indelebiles, sol jonche de bourres de poussiere, poils, cheveux, feuilles, papiers qui volent au rythme du ventilateur de plafond .... Je suis circonspecte, sans doute pas encore tout a fait la vraie baroudeuse, prete a poser son sac n'importe ou et dormir dans n'importe quelles conditions! J'hesite un moment et le fait de devoir retourner a la gare a 0h30 me pousse a accepter le 5eme chambre que j'inspecte et qui me parait etre la moins pire de l'hotel!
Je commence a defaire mon sac et me rends a la salle de bain pour aller aux toilettes. J'avais juste jete un coup d'oeil rapide a la salle de bain mais pas souleve le couvercle des toilettes... la c'en est trop, je ne vous decrirai pas le spectacle ni l'odeur mais je replie illico bagage et repars sur le champ! La seule chose que je peux dire au receptionniste meduse c'est "I really can't". De retour dans la rue, je me rends vite compte que tous les hotels de la gare sont du meme acabit et decide de sortir un peu de la ville pour trouver un meilleur hotel. Le rickshaw ne coute que 10 roupies, je ferai l'aller/retour a la gare tout a l'heuren rickshaw. Je me retrouve donc a l'hotel Vivek, recommande par le Lonely Planet, qui de l'exterieur a tout l'air d'un hotel luxueux compare a ceux de la gare (cosntruit par un riche medecin dans un batiment classe) mais on dechante un peu a l'interieur : peu importe c'est quand meme 10 fois mieux qu'a la gare! Ils n'ont que des chambres doubles et ne font pas de prix single, je negocie donc un petit rabais sur la chambre avec le patron ou le gerant, un Indien grassouille aux cheveux gomines, une grosse chevaliere qui enserre le gras de son annulaire, il m'observe avec un regard concupiscent que je n'apprecie pas et pose des questions indiscretes "You travel alone? You are not married?" .. Je ne me sens pas vraiment a l'aise mais dans ces situations je suis la championne de l'improvisation, je m'invente un mari business man, expat qui m'attend a Kolkata, un 1/2 tour de bague a mon annulaire gauche et hop me voici avec une veritable alliance en or blanc!
Je dine au resto de l'hotel. Je ne suis pas habituee a ce climat chaud et humide qui m'indique que c'est bien fini la fraicheur Himalayenne, je suis vraiment rentree dans le sous continent Indien et on est en fin de mousson. Il y a plein de petites bestioles, insectes divers et meme une petite souris qui traverse le resto en courant l'air plutot affole (Anne-So t'inquiete j'en ai pas revu a Kolkata depuis!). Il y a aussi des especes de lezards partout sur les murs, a premiere vue c'est plutot degoutant mais ils sont tres peureux et ne s'approchent surtout pas de l'homme et en revanche ils sont tres utiles car ils bouffent tous les insectes! Quand je remonte a ma chambre il est a peine 22h30, encore 2h a attendre, je ne pourrai jamais, je suis trop crevee! Je prends une douche froide et me couche, tant pis, j'arriverai demain matin a 8h a la gare et trouverai bien un train pour Kolkata.
Le lendemain 7h30, je quitte l'hotel. Je m'arrete dans un petit stand de rue vendant du Chai pour un tres frugal petit dej, 2 chai ultra sucres les verres sont minuscules) avec 2 petits gateaux secs. Je suis l'objet de tous les regards. C'est assez destabilisant au premier abord car les Indiens me fixent vraiment avec de grands yeux et avec insistance ou en tout cas une grande curiosite. mais ce qui est le plus troublant c'est que quand je croise le regard de l'un d'eux la ou au Tibet ou au Nepal, naissaient en general des sourires voire des rires et la conversation s'engageait alors bien souvent, ici c'est juste un regard noir qui me fixe sans expression de sympathie en tout cas, je l'interprete comme tel!
mais je pense qu'il ne faut pas en juger trop rapidement les Indiens, depuis que je suis ici, a peine une semaine, j'essaie de decrypter tout ca, je pense que pour beaucoup ils n'ont jamais ou rarement vu de blancs et ils sont donc juste curieux, en plus certains ne parlent pas tres bien anglais et ne sont donc pas en mesure d'entamer la conversation. Enfin je suis une femme et je voyage seule, ce qui, a en juger par le nombre de fois ou on m'a pose la question de savoir si j'avais un mari, est quelque chose de relativement inconcevable pour un Indien!
Me voila donc a la gare, je fais une premiere fois la queue au meme endroit que la veille pour etre finalement envoyee dans une autre salle ou un Indien sympa m'indique le guichet reserve aux "touristes etrangers et aux femmes". Je suis assaillie d'enfants qui viennent mendier de l'argent ou de la nourriture et je suis assez etonnee de la rudesse des Indiens a leur encontre, qui les rabrouent assez fermement pour les eloigner de moi, je comprendrai d'ici quelques temps pourquoi.
J'ai finalement mon billet pour un train a 13h, cense atteindre Kolkata en 24h. Il n'y avait plus de place en 3AC ni 2AC (couchettes triple etage ou double etage en voiture climatisee), je me retrouve donc en sleeper, soit une couchette dans un wagon separe en mini-compartiment non fermes de 6 couchettes (+2 dans le couloir) sans draps - mais finalement vaut peut-etre mieux!- avec 3 petits ventilos poussifs au plafond. A peine montee dans la train, j'emballe mon gros sac a dos dans son sursac que je cadenasse au crochet en metal sous la couchette.
Je passe les 1eres heures les yeux rives sur l'exterieur. Le train s'arrete absolument dans toutes les gares si bien que les portes des wagons ne sont meme pas fermees. Des petits vendeurs de chai/cafe et nourritures diverses sillonnent le train, au moins je ne risque pas de mourir de faim ou de soif tant mieux parce que je n'ai aucune provision! Mes voisins changent a toutes les gares, je dois d'ailleurs partager ma couchette avec 2/3 personnes, tant qu'on est en plein jour ca ne mne derange pas, mais je me demande bien ce que ca va donner la nuit tombee. Je suis a nouveau l'objet de tous les regards, je suis d'ailleurs la seule touriste dans ce wagon! Au debut personne ne semble oser m'aborder mais je devine que l'on parle de moi. Finalement mon voisin d'en face se lance avec un "Which country do you come from?" et je decouvre que bien qu'il n'ait jamais mis les pieds en France, il semble connaitre pas mal de choses sur notre pays! Je sors mes cartes postales de Paris et lui montre tous les monuments, il est super interesse et ecrit consciensieusement les noms au dos de la carte. A son tour il me montre sur une carte d'Inde sa destination : Kiul, dans la Bihar que l'on traverse, un des etats les plus pauvres de l'Inde, situe entre l'Uttar Pradesh et le Bengale Occidental. A l'un des nombreux arrets, il me ramene des bananes, achetees sur le quai de la gare. Puis c'est au tour de sa voisine, une Indienne d'une cinquantaine d'annees qui voyage avec un jeune garcon la vingtaine, peut-etre son fils, je ne saurai pas. Elle ne parle pas un mot d'Anglais mais on arrive tout de meme a communiquer. Elle va a Kolkata egalement, j'apprends qu'elle est cuisiniere dans l'une des maisons des Missionnaires de la Charite, l'ordre fonde par Mere Tereza! je lui dit que je vais a Kolkata pour etre volunteer pour les MC ce aui m'attire ses faveurs, elle me nourrira, telle une mere jusqu'a la fin du voyage : elle a avec elle tout un arsenal de petites cantines en metal remplies de bonnes choses!
La nuit est folklo, ma couchette est toujours systematiquement occupee par 2/3 personnes, j'arrive finalement a m'allomger, toute habillee bien sur, je ne prends meme pas la peine de sortir mon sac a viande, je dors sur mon petit sac a dos en guise d'oreiller, mon passeport et monm argent dans mes poches et dans la sacoche ventrale, de sorte que l'on ne puisse pas me voler sans que je m'en apercoive!
Le lendemain, a nouveau les petits vendeurs de bouffe se succedent, qui avec du pain, qui avec des petits feuilletes, qui avec un curry et toujours du chai (j'en boirai au moins un par heure pendant ce trajet soit environ 40 morceaux de sucre en 24h!!!! Une nouveaute a l'approche de la ville, ce sont les petits cireurs de chaussures qui passent en criant "Polish polish"!!!
A l'arrivee a la gare je suis assaillie par les chauffeurs de taxis qui me proposent des tarifs tres eleves pour me rendre dans Sudder Street, la rue ou se trouve la majorite des hoetsl petits budgets de Kolkata. Le LP indique 43 roupies de la gare a Sudder street, je me doute que depuis 2005 ca a du un peu augmenter, le stand de taxis prepayes m'indique que c'est 65 roupies, ca sera mon etalon pour negocier! je trouve un chauffeur qui accepte de me prendre a mon prix de depart 60 roupies, un peu etonnee je m'apercois qu'il y a deja un vieux couple d'Indiens dans son taxi, je dis OK et 5 mn apres avoir demarre mon chauffeur (qui conduit pieds-nus!) trougve un pretexte bidon pour me dire que c'est 70 roupies! Je ne cede pas et lui dis que c'est 60 ou il me redepose a la gare, il ne dit rien mais retentera a l'arrivee de me demander 70 roupies! Pour la peine il me depose un peu loin de la rue sous pretexte qu'elle est a sens unique. Il me reste maintenant a trouver une chambre, je n'ai rien reserve et il est 14H... Je suis crevee et je me sens toute cra cra apres la nuit dans la train, je veux donc exceptionnellement une chambre avec salle de bains. Je ferai 4 hotels avant de trouver une chambre a peu pres correcte a l'hotel Galaxy pour 350 roupies (7 euros). Je dois partir demain car la chambre n'est libre que pour cette nuit et de toute facon c'est un peu cher!
Je reste au moins 20 minutes sous une douche d'eau froide, puis je sors pour me mettre en quete d'une autre chambre pour le lendemain. Je fais a nouveau 3/4 hotels indiaues par le guide mais la plupart des chambres font sales, ce qui n'est surement pas le cas de toutes mais l'aspect decrepis des murs et la crasse poussee des les coins par les ventilos n'aide pas! Je trouve finalement a la YWCA (Young Women Christian Association) une chambre a peu pres clean avec des sanitaires communs potables pour 200 roupies avecle petit dej. La pension est pour le moins austere : une grande batisse avec une cour centrale dotee de 2 cours de tennis en terre battue avec de grands escaliers, tres haute de plafond des images du Christ et des prieres scotchees un peu partout! le 2eme etage est reserve aux femmes, et j'ai l'impression que la plupart des autres pensionnaires sont indiennes.
Au retour, je dine dans le 1er resto proche de l'hotel, le Jojo's, et rentre me coucher vers 22h, je m'ecroule de sommeil, je suis enfin a Kolkata, demain je vais a la Mother House des Missionnaires de la Charite afin de demarrer au plus vite le volontariat, j'ai malheureusement presque 15 jours de retard sur mon planning ce qui ecourte mlheureusement d'autant le temps que je pourrai consacrer ici au volontariat.
Anne-Sophie me rejoint le 21 octobre a Kolkata, on devait se retrouver en Birmanie mais compte-tenu des evenements recents, on a ete contraintes d'annuler et de modifier un peu le programme, nous irons au Sikkim en passant par Darjeeling et les montagnes du Bengale Occidental puisque je ne suis finalement pas passee par la en sortant du Nepal!
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