
Namaste chers amis,
Le Nepal ce sont certes de magnifiques paysages a parcourir en trek, des sommets hallucinants a gravir ou tout simplement admirer, des rivieres a descendre en raft ou kayak, des habitants adorables qui ne se departissent jamais d'un sourire... Mais le Nepal c'est aussi le 3eme pays le plus pauvre du monde, et qui a beaucoup souffert ces dernieres annees, que ce soit a cause des intemperies ou de la situation politique tres chaotique et economique et sociale tres delicate.
A Kathmandu, il y aurait pres de 1500 enfants, en rupture avec la structure familiale, qui vivent dans les rues.
J'en ai croise des dizaines a Thamel, mendiant pour de l'argent ou des biscuits, comme ce gosse d'a peine une dizaine d'annees sur mes talons dans la boulangerie ou j'achetais mon petit-dej. et a qui j'ai achete un paquet de muesli qu'l a du ingurgiter dans l'heure. Comment ne pas etre choquee, revoltee quand on voit un gosse de meme pas 8 ans, pieds nus en guenilles et une clope au bec? Comment ne pas avoir la nausee quand on en surprend un autre en train de sniffer de la colle dans un sac plastique sous un porche?
Hier matin, j'ai vu comme tous les jours devant ma guesthouse, Puja, une gosse de, allez 15 ans peut-etre, avec sa petite fille d'1 an 1/2, Kali, accrochee dans son dos dans un morceau de tissu crasse, la tete pendante sur le cote a moitie endormie. La veille j'avais discute un peu plus avec elle, au dela du "I am from France et no thank you I do not want any bag." Ce matin la je lui achete 2 petits sacs en soie pour 100 roupies (environ 1euro). En la quittant je suis abordee par Samir, un jeune garcon de 23 ans qui attire mon attention parce qu'il parle plutot bien anglais. Il est en sueur et a l'air mal en point. Il me montre le debut d'une cicatrice qui part de juste en dessous de sa pomme d'Adam, me dit que c'est "a friend" qui lui a fait ca, qu'il sort juste de l'hopital ou on l'a recousu et qu'il a une prescription medicale pour un desinfectant et une creme mais pas d'argent pour l'acheter.
J'accepte de l'accompagner a la pharmacie pour lui acheter les medocs. En chemin Samir me parle, me raconte beaucoup de choses, je ne comprends pas tout, il parle vite sur un ton sacade, il m'explique qu'il est originaire de Janakpur dans le Terai, qu'il est a Kathmandu depuis l'age de 8 ans sans papiers donc il ne peut pas travailler. Il a coupe tous les ponts avec son pere mais continue a parler a sa mere. Il me dit qu'il a pris des drogues, avant, mais plus maintenant.... Je ne sais pas si je dois le croire. Hasch mais aussi des drogues dures, heroine... Il me dit que depuis il est malade, a demi-mots, je comprends qu'il est HIV positif... Il parle aussi de diplomates et hommes d'affaires indiens qui viennent ici chercher de la chair fraiche. J'ai lu que 80% des enfants des rues auraient ete abuses sexuellement, soit par de la famille, des etrangers ou encore entre eux... Triste et alarmante statistique qui prend tout a coup la devant moi une forme bien reelle en la personne de Samir, j'ai la nausee et en meme temps un peu peur.
J'ai trouve a KTM il y a quelques jours le numero de Trek magazine de septembre special Kathmandu dans lequel il y a un article sur les enfants des rues de KTM et on y parle du travail d'une association : Voice of Nepal qui s'occupe des enfants des rues. J'ai aussi vu sur le site de Thanaka qu'ils leur avaient confie l'annee derniere a un enfant un peu difficile a gerer.
On s'arrete a une 1ere pharmacie qui a la creme mais pas le desinfectant, une 2eme non plus. Je parle a Samir de Voice of Children, il les connait, pour avoir frequente leur centre de KTM, Bisaune, pendant 8 ans. Maintenant il est trop vieux pour y etre heberge. En revanche,il me dit qu'il pourront le soigner la bas et lui procurer le desinfectant pour sa plaie. Il me propose de l'y accompagner si j'ai le temps. J'accepte toujours un peu effrayee et mefiante. On est maintenant hors de Thamel, on s'arrete dans une nouvelle pharmacie pour acheter du lait en poudre a donner a l'association.
Je suis Samir a travers un dedale de petites rues. Meme si mon instinct me dit que je peux lui faire confiance, je m'assure qu'il y ait toujours du monde et je marche legerement en retrait. Samir m'exlique qu'a l'entree du centre il y a un gardien et qu'il doit laisser toutes ses affaires a l'entree.
On arrive enfin devant Voice of Children, une grande batisse rouge, dans une rue defoncee et boueuse.
Juste avant d'arriver, Samir vide le contenu de ses poches et je le vois furtivement jeter une seringue dans le rue... Il n'en a visiblement pas fini avec la drogue, j'aurais pu m'en douter mais je ne suis pas une experte, les sueurs, les paroles saccadees, il etait peut-etre deja en periode de manque.
On monte au 1er etage ou je rencontre Ramesh Shrestha qui dirige le centre. Je suis un peu rassuree de voir qu'il connait Samir. Il me propose de m'asseoir, il a l'air un peu etonne de me voir la, je lui explique donc la raison de ma presence ici avec Samir.
Il prepare de la betadine, enfile des gants et entreprend de nettoyer la cicatrice de Samir. Ce dernier quitte son T-Shirt et decouvre l'integralite de la cicatrice dont je n'avais vu que la naissance au col de son T-Shirt : elle descend jusqu'au milieu de l'abdomen sur une bonne quinzaine de cm, une cicatrice recousue grossierement qui forme des croix boursouflees sur le torse de Samir. Je suis sous le choc et je ne peux m'empecher d'imaginer la violence de l'agression qu'il a due subir. Je ne peux plus dire un mot, j'observe Ramesh passer delicatement le coton de betadine puis la creme. A la fin je dis a Samir qu'il faut qu'il revienne regulierement se faire soigner, il me le promet et laisse la creme a Ramesh.
Pendant tout ce temps, j'ai vu plein de petits visages passer une tete a travers l'encadrement de la porte, les plus grands et plus temeraires iront jusqu'a rentrer et me saluer d'un Namaste! en me tendant la main et me donnant leur prenom.
Un petit de 7/8 ans vient me tendre des livres sans un mot mais avec un immense sourire qui irradie jusque dans ses grands yeux bruns. C'est l'histoire du petit garcon/abeille qui rend le monde meilleur grace a ses antennes magiques....
Ramesh me fait visiter le centre avant de repartir. Samir reste un peu la avant de revenir a Thamel, son gagne-pain. Il me propose de le prendre en photo et n'en finit pas de me remercier en me serrant la main. Puis je m'engouffre dans le premier taxi venu direction Thamel sans meme negocier le prix. La pression retombe et les larmes montent, c'est dur mais je suis contente d'avoir suivi Samir et rencontre Voice of Children. Le fait que ca n'etait pas prevu et que je n'etais donc pas preparee a rendu la chose plus difficile. Que faire, c'est toujours ce que l'on se demande face a de telles situations de detresse et le sentiment d'impuissance et l'impossibilite a aider tous ces enfants rendent penible parfois le simple fait de circuler dans la rue.
Voila, je suis desolee,j'espere ne pas vous plomber votre journee avec ce mail un peu plus sombre que les carnets que j'ai pu ecrire jusqu'a present.
J'avais besoin d'ecrire pour dire tout ce que j'ai ressenti et hier et m'alleger un peu, je ne le fais pas sur le blog pour l'nstant car cela inquieterait mes parents inutilement, je vous ecris donc a vous amis Nepalais et des Restos, qui pouvez sans doute comprendre un peu mieux que les autres, sans peur ni jugement...
Cet apres-midi je vais a Bodnath, pour changer un peu d'air et dans 2 jours je pars trekker pour 6/7 jours au nord de kathmandu dans la region d'Helambu. Je ne peux me resoudre a quitter le Nepal, je me sens bien ici, malgre tout. Je vais avoir du retard sur mon programme, on verra bien, c'est aussi ca la voyage, avoir la liberte de s'attarder ou l'on se sent bien...
Je vous embrasse,
Astrid |